Les cigarettiers à l’assaut du continent africain (31/05/2007)

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Le site www.tabacologue-afrique est destiné aux professionnels de santé africains. Article mis en ligne le 10 août 2011.


- Les cigarettiers à l’assaut du continent africain

A l’occasion de la Journée mondiale anti-tabac 2007, l’OMS tire la sonnette d’alarme. Selon l’Organisation mondiale pour la santé, l’industrie du tabac devrait augmenter de l’ordre de 16 % son marché en Afrique dans les 10 ans à venir. L’impact sera catastrophique dans des pays déjà fortement affaiblis par des maladies endémiques comme le sida et la tuberculose.
En augmentation constante partout dans le monde, la consommation de tabac tuera 8,4 millions de personnes par an d’ici 2020 si des mesures de lutte drastiques ne sont pas mises en œuvre. Les campagnes publicitaires rendent particulièrement vulnérable l’Afrique.

Les distributions gratuites de cigarettes, de briquets et de gadgets ou bien encore la sponsorisation d’équipements ou d’événements sportifs, sont autant de moyens employés pour noyer le message selon lequel « le tabac nuit gravement à la santé ».
Attention danger : les affiches et les slogans publicitaires fleurissent sur le continent africain, suggérant aux enfants que fumer confère un air adulte et, aux femmes, que la cigarette est un attribut de modernité et de séduction, une marque d’indépendance et d’épanouissement. Face aux géants de l’industrie du tabac, les gouvernements africains peinent à faire le contrepoids.
Certains pays se retrouvent même à devoir lutter contre des lobbies qui tiennent les rênes de l’économie. C’est, par exemple, le cas du Malawi dont l’économie, à l’instar de celle du Zimbabwe, est presque exclusivement dépendante de la culture du tabac. « Bien que les effets du tabagisme sur la santé publique soient importants, voire considérables, les répercussions économiques posent aux gouvernements du monde entier un défi de taille ; la perte d’emplois, la diminution des recettes fiscales et parfois même la perte de recettes en devises constituent pour eux un véritable casse-tête », explique Iraj Abedian, directeur de recherche et professeur d’économie à l’université de Cape Town (UCT), en Afrique du Sud.
Ainsi, si fumer est mauvais pour la santé, c’est bon pour l’économie, expliquait en substance le secrétaire permanent de l’Observatoire du tabac en Afrique francophone et président de SOS tabagisme au Niger, Saouna Inoussa, dans une interview accordée en 2003 à Passeportsanté.net. Saouna Inoussa déplorait, à cette époque, que seuls dix pays africains aient signé la Convention-cadre de la lutte anti-tabac (CCCT *), , et que « la cigarette [soit] le produit le mieux distribué en Afrique, en terme de couverture de marché ».
Depuis 2003, vingt autres pays africains ont ratifié la Convention mais la situation ne s’est guère améliorée. L’OMS considère, en 2007, que l’Afrique s’expose à un véritable « désastre sanitaire » dans les dix ans à venir car les firmes continuent à être très offensives tandis que le bât blesse toujours du côté des législations… mal appliquées voire pas du tout, lorsqu’elles ne sont pas carrément inexistantes.

Une offensive agressive des firmes …
Un nombre encore trop restreint de pays africains tente toutefois de lutter avec rigueur contre le tabagisme.
En Tanzanie, par exemple, la loi est stricte : il est interdit de fumer dans les lieux publics, la publicité du tabac est interdite dans les médias et la vente de cigarettes est interdite aux mineurs. Les mesures sont concrètes et les transgressions à la loi sont passibles d’amendes dissuasives.
Le Mali et le Sénégal multiplient également les campagnes d’information et d’éducation sanitaire pour sensibiliser les populations aux dangers liés au tabagisme.
Il n’en demeure pas moins que les fabricants persistent, de leur côté, à rivaliser d’imagination pour se façonner, avec pugnacité, une image positive, distribuant par exemple des subventions pour la construction d’une école, ou l’organisation d’un concert.
Victimes de stratégies marketing, les pays le sont aussi de politiques malveillantes : au Burkina Faso et au Sénégal, par exemple, les firmes « vendent notamment des produits de moins en moins bonne qualité qu’en Europe, avec des taux de goudron qui atteignent 17 milligrammes, contre 12 mg dans les pays occidentaux », souligne le docteur Roberto Masironi, responsable du programme anti-tabac de l’OMS. Des doses qui créent plus rapidement une addiction au produit. Pire, poursuit Roberto Masironi : « Le tabac à haute teneur en goudron, trop dangereux pour être fumé par les Européens, est exporté vers l’Afrique et d’autres pays du tiers-monde, là où les lois sont moins restrictives ».

(*) La CCCT a été adoptée par l’OMS en 2003 et entrée en vigueur en 2005

Dominique Raizon -RFI actualité 31/05/2007

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