Liban - Le tabac coûte cher à la santé et à l’économie (07/05/2010)

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Le site www.tabacologue-afrique est destiné aux professionnels de santé africains. Article mis en ligne le 12 août 2011.


- Le tabac coûte cher à la santé et à l’économie

Quand on pense aux méfaits du tabac, ce sont tout de suite les problèmes de santé qui viennent à l’esprit. Parallèlement à ces questions sanitaires, une étude de l’AUB révèle que les coûts économiques supportés par l’économie libanaise en rapport avec le tabac sont aussi très importants. Ces pertes s’élèveraient à $55 millions par an.
“Le principal argument avancé par ceux qui ne veulent pas prendre de mesures anti-tabac est qu’il s’agit d’une industrie qui rapporte beaucoup d’argent à l’économie libanaise. C’est le contraire. Avec cette étude, nous montrons que les coûts engendrés par la consommation de cigarettes sont supérieurs aux bénéfices pour le pays.” C’est en ces termes que Nadia Naamani résume le principal résultat de son étude intitulée “ L’économie du tabac au Liban : Une estimation des coûts sociaux de la consommation de tabac”. Nadia Naamani a travaillé en collaboration avec les docteurs Jad Chaaban et Nisreen Salti, pour révéler les rouages du marché du tabac au Liban et évaluer la capacité de ce marché à générer coûts et revenus pour l’économie libanaise.
Les résultats sont sans appel. Les revenus générés par la consommation de tabac sont de l’ordre de $271,3 millions/an. Les coûts atteignent $326,7 millions/an. Ainsi le marché du tabac conduit à un déficit net de $55 millions/an. Ces chiffres ont été obtenus en compilant les bénéfices d’un côté, les coûts de l’autre. Et l’étude brise plus d’un mythe.
Le total des recettes fiscales pour le tabac a atteint $189,1 millions en 2008. Il s’agit notamment des revenus pour accise, des douanes et des taxes sur la valeur ajoutée. Mais il faut soustraire à cette somme les subventions octroyées à la Régie. La Régie est l’organisme public qui détient le monopole d’État en matière de commerce international du tabac et de subvention aux producteurs de tabac locaux. L’organisme exporte la production locale de feuilles de tabac, qu’elle achète aux producteurs à un prix subventionné, et importe des cigarettes conditionnées lesquelles sont ensuite vendues aux distributeurs locaux. La balance n’est pas équilibrée, la même quantité étant échangée, mais à des prix différents. Résultat, le déficit commercial atteint 129,9 millions de dollars en 2008. La Régie ne reçoit finalement que $50,3 millions de bénéfices nets.
Le tabac importé est ensuite vendu à des distributeurs agréés (450), Ceux-ci vendent les cigarettes à de nombreux détaillants (100 000) à travers le pays. Les détaillants vendent les paquets de cigarettes aux consommateurs avec une faible marge bénéficiaire. Tous ces prix de vente et d’achat sont fixés par la Régie. Celle-ci accuse aussi une perte d’environ 17,3 millions de dollars puisqu’elle achète le tabac des producteurs à un prix prédéterminé d’environ $ 7 500 par tonne métrique et le prix de vente du tabac est seulement de $ 3 500 par MT sur le marché international.
Concernant les producteurs tabac, les auteurs de l’étude tiennent à souligner qu’ils ne dépendent pas complètement de cette culture comme moyen de revenu. 40 % d’entre eux cumulent leur activité agricole avec un autre emploi pour gagner décemment leur vie. Et 23 % des producteurs font une rotation des cultures.

Pour Tamam Salam, ancien ministre libanais de la Culture et député : “ Ce sont des raisons politiques qui empêchent de toucher aux subventions accordées à la production de tabac, en particulier dans le sud du pays.” La majorité des cultures étant concentrée dans le sud du pays.
Le secteur de la publicité au Liban ne devrait pas non plus être trop affecté par l’interdiction de la publicité pour le tabac. Celle-ci représente 13 % du total des dépenses en publicité du pays. Selon Arabad Magazine, les cigarettes ne comptent pas parmi les 10 marques les plus annoncées. Et selon les auteurs de l’étude, les pays qui adoptent une telle politique n’ont pas été affectés, les publicités pour le tabac étant simplement remplacées par d’autres marques.
Selon les estimations des chercheurs, le bénéfice net généré par les transactions entre les parties prenantes directes serait de l’ordre de $271,3 millions.

Face à ces bénéfices, se dresse la liste des coûts supportés par l’économie libanaise.
En premier lieu, les coûts en termes de santé. Les chercheurs ont étudié seules trois maladies sur les 27 recensées comme étant liées au tabagisme. Le coût total atteint $146,7 million/an (maladies cardio-vasculaires : $104,5 millions/an, cancers : $33,6, et maladies respiratoires : $8,6).
Les coûts environnementaux de l’usage du tabac ont totalisé 13,6 millions de dollars, affirment l’étude. Une somme à la charge de la collectivité. Pour trouver ces chiffres, les chercheurs ont étudié deux données : d’une part les feux de forêts provoqués par les mégots de cigarettes. Le coût des incendies ne comprennent que la destruction de centaines d’arbres à maturité sans prendre en considération les dépenses de l’Armée de terre et de la défense civile pour éteindre ces incendies. D’autre part, les auteurs ont aussi considéré l’impact de la consommation de tabac sur la collecte des déchets. Les cigarettes constituent 46 % de tous les éléments éliminés dans la rue. Récupérer ces déchets consomme la plupart du temps de travail des balayeurs par rapport aux autres déchets présents dans les rues, cela exige également le plus grand effectif.
Le tabagisme nuit aussi à la productivité du travail. L’impact des pauses-cigarettes n’a pas été pris en compte par manque de données. Par contre le coût de l’absentéisme des fumeurs et anciens fumeurs au travail pour cause de maladie est évalué. Et il s’élève à $102 millions/an. Enfin, les coûts indirects engendrés par la mortalité liée au tabac représentent 25 % des décès annuels. La mort prématurée des travailleurs constitue ainsi une perte de production pour l’économie nationale.
Au total, la consommation libanaise de tabac coûte à l’économie nationale 1,1 % de son PIB par an, (Égypte 0,7 %, Singapour 0,2 %). Le tabac coûte au Liban plus que ce que le pays investit pour l’amélioration de ses infrastructures !
Et “ ce sont des chiffres timides “ considère Jad Chaaban, un des auteurs de l’étude. “ Ces coûts ne représentent qu’une fraction des coûts économiques réels engendrés par la consommation de cigarettes. Le marché du narguilhé n’est pas pris en compte, ni les dégâts du tabagisme sur les femmes enceintes qui fument, ou les effets du tabagisme passif non plus…
Plus d’un tiers des adultes libanais sont des fumeurs. Dans le pays, 900 000 consommateurs fument 7,8 milliards de cigarettes/an. Les femmes libanaises sont les plus grandes fumeuses de la région. 27,5 % d’entre elles fument. Le Liban est le 5e marché de cigarettes dans le monde, alors que le Liban est un petit pays… Le pays consomme 12,4 paquets de cigarettes par personne et par mois. En comparaison, le chiffre est de 3,7 % en France et 4,4 % en Syrie. "Et les compagnies distribuent des paquets de cigarettes aux étudiants à l’entrée de la fac,” déplore Jad Chaaban.

Les familles les plus pauvres consacrent une part plus importante de leurs dépenses au tabac qu’à l’éducation. 79 % des enfants sont des fumeurs passifs à la maison.
Pour reléguer ces chiffres records au passé, "Nous avons besoin d’une loi qui réglemente et contrôle le secteur du tabac, soutient Jad Chaaban. Nous avons fait des propositions. Il faut par exemple inscrire de gros slogans d’avertissement sur les dangers de la cigarette sur les paquets. Au Liban, un astigmate n’arrive même pas à les déchiffrer tellement c’est écrit en petit". Interdire de fumer dans les lieux publics, augmenter les taxes sur le tabac, interdire la publicité, mener des campagnes de prévention et sensibilisation sont quelques unes des mesures proposées.
“ C’est interdit de fumer dans le Parlement. On n’a donc aucune raison pour ne pas l’interdire dans l’espace public !” argumente Tamam Salam. “ 65 % de la population ne fume pas, continue Rania Baroud, vice-présidente de Tobacco Free Initiative, n’ayez donc pas peur de perdre votre électorat ! Vous avez signé un protocole avec l’Italie qui interdit aux compagnies de cigarettes d’entrer au Parlement. Mais ici, au Liban, les lobbyistes sont dans le Parlement alors que nous, société civile, nous ne pouvons pas y accéder.”
En attendant qu’une loi régissant le contrôle du tabac soit votée au parlement, Nadia Naamani et ses collègues travaillent déjà sur une étude de simulation des impacts de la mise en place d’une telle loi sur pays.

Anne Ilcinkas iloubnan.info (Beyrouth) 07/05/2010
http://www.iloubnan.info/Economie/actualite/id/45597/titre/


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