Liban - Près de 35 % des jeunes sont de gros fumeurs ! (10/03/2015)

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Le site www.tabacologue-afrique est destiné aux professionnels de santé africains. Article mis en ligne le 27 mars 2015.


- Près de 35 % des jeunes sont de gros fumeurs !

« Le narguilé est mon ami. Je ne peux pas imaginer ma vie sans ». Dina, jeune écolière de 18 ans, fume le narguilé depuis plus de trois ans. Issue d’une famille aux conditions modestes, s’ennuyant à la maison, « parce que je sors rarement, pas plus d’une fois par semaine », elle a trouvé refuge dans le narguilé qui l’ « aide à faire passer le temps ».
« J’ai toutefois diminué ma consommation quotidienne, se félicite-t-elle. Je suis passée de cinq narguilés par jour à un seul. » Cette décision a été prise à la suite de sa participation à un projet sur le cancer des poumons, organisé dans le cadre d’un concours lancé par trois ONG (Faire Face, May Jallad Foundation et One Wig Stand), ainsi que par la Fondation libanaise pour le cancer du sein dans quinze écoles publiques de Beyrouth, avec pour objectif de sensibiliser au cancer. « Je connais les méfaits du tabac et je commence à les ressentir, confie-t-elle. Mais je n’arrêterais jamais le narguilé ».
Dina fait partie de ces jeunes qui n’hésitent pas à prendre des risques, même s’il y va de leur santé, tant qu’ils se sentent bien. Ils sont nombreux à le faire. C’est ce qui ressort d’une étude menée en 2011 et en 2012 sur 3 384 étudiants âgés entre 18 et 25 ans répartis sur dix-sept universités. Dirigée par Pascale Salamé, pharmacienne épidémiologiste, chercheur et professeure des universités, elle visait à évaluer la prévalence du tabagisme parmi les jeunes ainsi que leur dépendance à la nicotine. Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une recherche plus vaste visant à évaluer les comportements à risque pour la santé entrepris par les jeunes, comme l’alcoolisme, la mauvaise alimentation, la toxicomanie, la sédentarité... L’étude a été menée à l’Université libanaise, en collaboration avec l’Université Bordeaux II dans le cadre du programme Cèdre.
D’après cette étude, 23 % des jeunes fument le narguilé et 19,2 % d’entre eux la cigarette. L’âge moyen du premier narguilé est 16,5 ans et 16 ans pour la première cigarette. Les jeunes consomment en moyenne quatre narguilés par semaine et près de dix-sept cigarettes par jour.
Selon l’étude également, 23,7 % des jeunes ont déjà essayé la cigarette, mais l’ont arrêtée, et 56,9 % d’entre eux n’ont jamais fumé. En ce qui concerne le narguilé, 28 % des adolescents l’ont essayé puis arrêté et 48 % ne l’ont jamais consommé.
« En général, 35 % des adolescents libanais sont des fumeurs, tous genres de tabac confondus, constate Pascale Salamé. Quelque 12 % fument la cigarette, 16 % le narguilé et 7 % les deux ».

Renforcement positif et négatif
Selon l’étude, 70 % des fumeurs sont des hommes et 30 % des femmes. Les garçons sont plus nombreux à fumer la cigarette (76 %), mais ce sont les filles qui sont les plus grandes consommatrices de narguilé (60 %). « L’étude a également montré que la moitié des jeunes sont dépendants soit à la cigarette, soit au narguilé, précise Pascale Salamé. Également selon l’étude, les garçons sont plus dépendants à la cigarette, mais ce qui est original, et ce n’est pas la première fois qu’on le démontre, c’est que les filles sont aussi dépendantes que les garçons au narguilé, sinon plus ».
Comment expliquer le fait que les garçons fument plus la cigarette que les filles ? « C’est un comportement associé à la prise de risque en général, répond Pascale Salamé. Les jeunes gens ont toujours tendance à prendre plus de risques, ce qui n’est pas le cas des femmes qui sont généralement plus sages et prennent, par conséquent, moins de risques. Cela s’applique d’ailleurs à tous les comportements à risque. » Quid de l’attachement des filles au narguilé ? « C’est lié au facteur de renforcements positif et négatif, note Pascale Salamé. C’est-à-dire que la femme a tendance à calmer son stress par le narguilé, c’est le renforcement négatif. Par ailleurs, elle a plus de plaisir à le fumer que l’homme, et c’est le renforcement positif ».
Et la pharmacienne d’insister : « Ce n’est pas vrai que le narguilé contient moins de nicotine que la cigarette parce le tabac est filtré par l’eau. C’est une mauvaise conception. Des études internationales menées dans ce sens ont montré que la salive des fumeurs de narguilé contient autant de nicotine que celle des fumeurs de cigarettes. Le débat scientifique est clos dans ce sens ».

Le rôle des parents
Pascale Salamé fait en outre remarquer que les enfants âgés entre 13 et 16 ans sont de plus en plus enclins à fumer le narguilé, « parce que leurs parents en consomment ». Elle explique : « Le fait que les parents fument, que ce soit la cigarette ou le narguilé, est un grand facteur de risque pour les jeunes. Par contre, si les parents parlent ouvertement des méfaits du tabagisme avec leurs enfants et leur demandent explicitement de ne pas fumer, ces derniers ont moins de risques de le faire. L’intervention des parents est très protectrice. Cela a été démontré ».
Les conceptions normatives constituent par ailleurs un facteur encourageant de tabagisme. « C’est-à-dire que les jeunes ont plus de risque de fumer s’ils pensent que le tabagisme est lié au succès (75 % plus de risque) et à la richesse (13 à 15 % plus de risque)... ou encore si leurs idoles le font, indique Pascale Salamé. Ce qu’ils voient à la télé les affecte beaucoup. Il n’y a que l’intervention des parents qui constitue vraiment un facteur protecteur (jusqu’à 20 %). L’avis des amis compte aussi. Les jeunes ont plus de risque de fumer si leurs amis le font. Par contre, ils sont mieux protégés si ces derniers sont des non-fumeurs. Donc, c’est vraiment une question de croyance et de concept qui affecte beaucoup le comportement à risque de ces jeunes universitaires ».
Quelles seraient donc les lignes directrices ? « Il s’agit d’abord d’encourager les parents à arrêter de fumer, au moins devant leurs enfants, affirme Pascale Salamé. De plus, il faut encourager les parents à demander à leurs enfants de façon explicite de ne pas fumer, même si ces derniers pourraient le faire en cachette. À mon avis, il ne faut pas attendre l’université. L’intervention des parents doit commencer dès le bas âge ».
Pour Pascale Salameh, il faudrait de même œuvrer de manière à discréditer les concepts véhiculés dans les films, médias et pubs selon lesquels la richesse et la beauté sont synonymes de tabagisme. « Il faut démystifier cet idéal, insiste-t-elle. Les jeunes doivent savoir que les acteurs sont payés par les industries de tabac pour faire la publicité de leurs produits ».

Nada Merhi l’Orient Le Jour 10/03/2015
http://www.lorientlejour.com/article/915006/pres-de-35-des-jeunes-libanais-sont-de-gros-fumeurs-.html

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