Gabon - Le tabagisme et la politique (18/02/2013)

Le site www.tabacologue-afrique est destiné aux professionnels de santé africains. Article mis en ligne le 13 février 2014.


- Le tabagisme et la politique

Les politiques de santé au Gabon, comme dans toute Afrique, croulent trop souvent sous le poids de la gesticulation politique. On a tendance à découvrir les maladies, les pandémies que lorsque les projecteurs des organisations internationales sont orientés sur ce continent. Déjà pour le SIDA, de nombreux états ont attendus impuissants la mobilisation de la communauté internationale pour agir. Aujourd’hui encore, le tabagisme se répand rapidement en Afrique subsaharienne, grâce à des cigarettiers débordant d’appétit pour ce continent, des états souvent pauvres et impuissants ou dans certains, complices.
La consommation du tabac en Afrique, au regard des autres continent du monde, n’a jamais été aussi importante. Mais, plusieurs facteurs pourraient conduire les industriels du tabac à s’intéresser à ce continent. L’Afrique présente en effet, un cocktail puissant et efficace qui inquiète les associations de lutte contre le tabac. La législation est souvent permissive, même si on doit le reconnaître, les États sont toujours signataires des conventions internationales de lutte contre le tabac. En février 2005, 28 pays africains sur 40 ont ratifié la Convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est le cas du Gabon qui, depuis 2009, a opéré des changements politiques qui modifient favorablement le contexte et la perception de la question du tabagisme dans le pays. Cette CCLAT propose une batterie de mesure de lutte contre le tabac et s’attaque directement aux industries du tabac.
Sur le terrain, peu sinon aucune action n’est menée pour sensibiliser les populations sur les ravages du tabagisme. Quelques artefacts d’actions timides, sont menés, le plus souvent, pendant la journée mondiale contre le tabac (le 31 mai). Globalement, rien n’est fait. À côté d’une législation non répressive contre l’industrie du tabac, l’Afrique possède un atout considérable, sa jeunesse. Cette jeunesse intéresse les cigarettiers du monde entier, c’est une clientèle très accessible, un marché lucratif. À ces deux facteurs, nous pouvons associer la pauvreté qui, reconnaissons-le, n’arrange rien au moral des jeunes africains. Tous ces facteurs aiguisent l’appétit des cigarettiers qui voient dans ces pays émergents qui manquent d’encadrement en matière de publicité, de marketing, des prix et de distribution, un marché inespéré. De gros industriels du tabac, après s’être solidement implantés au Maghreb, se dirige peu à peu mais sûrement vers l’Afrique subsaharienne. Le marché est estimé à 85 millions de consommateurs, dont un peu plus de 40 millions serait des jeunes de moins de 20 ans.

Après une progression de 62 % entre 1995 et 2000, la consommation de cigarette continue de croître sur le continent africain. Les africaines fument de plus en plus et les africains, tous sexes confondues, de plus en plus tôt. Dans certains pays, 10 % des fumeurs commenceraient à crapoter dès l’âge de treize ans. On craint dans les années avenir que suite à l’immobilisme politique dans de nombreux pays d’Afrique que le nombre de consommateurs n’explosent, les cancers aussi. L’organisation mondiale de la santé estime que le nombre de cancers du poumon pourrait tripler en Afrique.
En 2030, le tabagisme devrait faire 7 millions de victimes dans les pays en voie de développement, soit 70 % du nombre total des victimes à l’échelle mondiale.
Ce problème est d’autant plus inquiétant, les états sont bien frileux devant les richissimes industriels du tabac. Ces états perçoivent des taxes de niveaux différents. Pour les états pauvres, c’est une manne financière dont ils ne peuvent se priver. La société algérienne des tabacs et allumettes est ainsi le deuxième contributeur de l’État. Tout est bon à prendre, le poison au goût d’argent perd sa toxicité. Certains industriels comme au Niger, n’hésitent pas à financer les programmes de lutte contre le paludisme pendant qu’ils encensent les poumons des africains.
Les effets du tabagisme sont bien connus dans le monde, ils sont dévastateurs pour la santé. L’Afrique est pauvre et le tabac est un facteur de paupérisation avéré. En effet, la consommation du tabac, dans certains pays, comme au Cameroun, diminue les revenus familiaux. La communauté internationale devrait soutenir sur le continent les programmes de luttes contre le tabac et les états, cesser de s’exonérer de cette problématique en laissant aux seuls ONG et associations le soin de porter le poids des programmes de lutte contre le tabac. Les états seuls sont en mesure de porter un coup d’accélérateur aux politiques de lutte contre le tabac. Il a en va de la santé des africains, de l’avenir du continent.

D’après Mesange Manioungou gabonsante.com 18/02/2013
http://www.gabonsante.com/le-tabagisme-en-afrique/

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